World War Z / Je suis une légende, même combat

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Là, je ne suis pas content. Mais pas du tout. Et vous allez comprendre pourquoi. Ça fait 2 mois que je réécris ce post, mais impossible d’en être satisfait. Je ressasse et ressasse ça, mais maintenant faut que ça sorte  : « Arrêtez de faire des adaptations qui n’ont rien à voir avec l’oeuvre original! Bordel de merde !!!« 

World War Z est sorti sur nos écrans le 3 juillet dernier et souhaitant voir si l’oeuvre collait bien au film, j’ai décidé de le lire avant d’aller le matter dans les salles obscures.

Pris d’un pressentiment après l’avoir rapidement lu, j’ai préféré jeter un œil sur la bande-annonce pour savoir comment ça se goupillait (histoire de pas lâcher 10€ de ciné pour rien). Et quelle ne fut pas ma surprise de voir que ça n’avait rien, mais alors rien à voir avec l’oeuvre originale. Sachez que je n’ai pas vu le film donc je ne pourrais parler de sa qualité.

« Pourquoi alors critiquer ce film, me direz-vous? »

Evidemment, ce n’est pas une critique du film que je vais pondre, encore que je doute que ce soit un chef d’oeuvre. La raison de cet article provient du fait que le film ne colle absolument pas au bouquin. Quand je dis que ça ne colle pas, c’est que c’est complètement différent !!

« Comment tu peux dire que c’est différent sans l’avoir vu? »

world_war_z_Livre_jpgLa réponse est simple. Le livre ne contient aucun héros. Aucun Brad Pitt. La narration du livre est basée sur des interviews de gens ayant survécu à la catastrophe, racontant chacun leur histoire à un moment précis de la guerre. Peu importe le nom des personnes interrogées, on n’a pas besoin de les retenir car les interviews sont courtes et ont toutes pour thème le conflit avec les zombies. Si on devait faire un parallèle, on pourrait dire que ça ressemble, à bien moindre mesure, évidemment, à Shoah de Lanzmann. Les personnes racontent leur histoire, sans qu’il y ait une espèce d’héroïsme à la con.

L’histoire est plus basée sur la pandémie que sur les personnages. Vous allez suivre les témoignages de soldats devant exécuter des ordres « difficiles », des personnes découvrant les premiers cas de la pandémie en Chine, des militaires en mission, des gens chargés de la propagande, et ce tout autour du monde (en Afrique du Sud, en Israël, aux Etats unis, en Chine, en Inde). Un fil rouge permet de lier toutes les histoires. Et c’est ce qui fait que c’est génial ! La géopolitique est bien plus mise en avant que dans d’autres titres Zombies. Et je dois avouer que c’est largement plus bandant qu’un père de famille qui veut sauver sa femme et ses gosses. Car ça semble coller vraiment au réel, ça sonne vrai. Toute la partie sur la gestion de crise par les différents pays du globe est passionnante et ne paraît pas du tout impossible!

Dans le film et d’après le résumé d’Allociné, on va suivre un héros qui va être appelé par l’ONU pour enrayer la pandémie (et sûrement sauver le monde par la même occasion…).
Encore une fois, je ne critique pas le film en lui-même qui est peut-être très bien… même si, encore une fois, j’en doute : Max Brook, l’auteur, n’a pas souhaité faire de commentaires dessus… C’est rarement bon signe… Néanmoins, je ne pourrais en parler qu’une fois vu, je m’abstiendrai donc de faire tout autre commentaire négatif…

Par contre, il faut quand même m’expliquer quel est l’intérêt de ne pas coller au bouquin, surtout lorsqu’on paye des droits d’adaptation. Un film à la manière d’un reportage, différents interlocuteurs, la caméra donnant vie au récit, je pense que ça aurait été vraiment génial et surtout très original par rapport à l’offre actuelle. Origénial aurait pu être le terme approprié.

Je suis une légende

Je suis une légende-livreJ’ai vécu la même chose à la sortie de « Je suis une légende » de Richard Matheson (décédé il y a peu. RIP mec). Je venais de finir le bouquin et je me réjouissais que des personnes non amatrices de lecture puissent autant accrocher que moi. Car je dois avouer que j’ai pris une claque en le lisant. Même si certaines choses ont déjà été vues et revues depuis une dizaine d’années avec cette mode des zombies, savoir que ce bouquin est paru en 1954 le rend déjà excellent. Je me vois encore lire la dernière page dans la montée qui menait à mon appart’, lire la dernière ligne et être parcouru d’un énorme frisson : « PUTAIN, c’est Gé-nial« .

J’ai pris également une bonne claque en voyant l’adaptation ciné. Mais cette fois dans le pire sens du terme. Ça n’avait plus rien à voir avec l’oeuvre originale. Je sais très bien que l’exercice de l’adaptation est difficile car souvent il manque certains éléments, mais là il n’en manque pas, non, c’est plus simple que ça, il n’y en a quasiment pas, mis à part peut-être le titre et la quatrième de couverture : Un mec se retrouve seul dans un monde hostile et doit survivre.

Je vais spoil un peu, mais pas vraiment pas beaucoup, donc si vous ne souhaitez pas en savoir plus sur le bouquin, passez au paragraphe suivant, le paragraphe où je spoil le film. Ça vous évitera de le voir !

Le livre se passe à Los Angeles où les habitants se sont transformés en vampires suite à une maladie inconnue. Toutes les nuits, notre héros, Monsieur Toutlemonde, alcoolique, se barricade chez lui car il entend les vampires taper à sa porte pour le bouffer. Il les entend parler aussi, lui mettre la pression. Il flippe. Il dort pas. Il flippe tout le temps. Tous les soirs c’est la même chose. Le jour, il va faire des provisions, inspecter les maisons voisines pour planter un pieu dans le coeur de ces connards aux dents longues. Il a une seul contrainte, revenir chez lui avant la nuit. Il lit des bouquins scientifiques pour essayer de comprendre ce qu’il se passe, il réalise des tests sur des cadavres, il regarde au microscope tout en apprenant la biologie traditionnelle, car à la base notre héros est un simple ouvrier. Il n’est pas médecin, ni rien, c’est juste un mec banal. On va donc le suivre jour après jour dans sa routine et sa solitude, essayer d’apprivoiser un chien pendant un long moment, seul compagnon qu’il peut avoir. Moins il arrive à l’apprivoiser, plus il déprime… Jusqu’au jour où il rencontre une personne… Est-elle un vampire, une personne infectée, ou une survivante comme lui? Je m’arrête là…

Le film, lui, est déjà différent. Voilà le résumé Wikipédia :

je-suis-une-legende-i-am-legend-19-12-2007-14-12-2007-2-g« En 2009, un scientifique trouve ce qui semblerait être le vaccin contre le cancer. Cependant, la joie est de courte durée, car ce vaccin tue les humains les moins résistants et fait muter les autres (Sic!). L’évacuation des survivants sur des bateaux est un échec, personne ne trouvant de remède au nouveau virus qui décime l’humanité. Cependant, un dernier espoir subsiste; le docteur Robert Neville (Will Smith), officier de l’armée des États-Unis, est médecin. (…) En plus de ses grandes connaissances en médecine, il est immunisé contre le virus et possède un laboratoire très équipé dans sa maison et est chargé d’enrayer le virus en trouvant un vaccin.  Dernier New-Yorkais, il occupe ses journées, entre ses différentes expérimentations, à chasser les animaux s’étant installés dans la ville, à jouer au golf depuis un porte-avion ou encore à écumer les appartements vides à la recherche de nourriture. »

Il suffit donc de lire cela, pour sentir qu’il y a beaucoup de divergences. Il n’a pas l’air porté plus que ça sur la bouteille, il va se faire un pti golf, « à la cool », il va chasser des biches qui se font bouffer par des lions en plein New York (n’importe quoi…) et surtout il a un chien depuis le début. Franchement, il a la belle vie par rapport au perso du bouquin… De temps en temps, il croise des infectés qui sortent la nuit, c’est un peu chaud, mais Will, il gère. Un beau jour, il croise une gonzesse, mais il ne sait pas trop quoi en penser… Allez, je suis pas salop, je ne spoil pas le reste. Pourtant c’est pas l’envie qui m’en manque…

Lorsque je l’ai vu, je m’attendais à une adaptation en bonne et due forme. Je voulais vraiment le matter et le faire matter autour de moi pour faire partager ce que j’avais ressenti en lisant ce chef d’oeuvre.

Mais en le regardant, c’était impossible de prendre ça au sérieux. Le type a déjà un chien, alors que dans le bouquin, il galère pour l’apprivoiser. Dans le même genre, Will Smith est déjà scientifique… Il a tout un labo chez lui… Alors que l’autre met des jours et des jours pour tenter de comprendre la maladie. Même la signification du titre et la fin sont différentes (à tel point qu’une fin alternative a été ajoutée sur les DVD pour stopper le mécontentement des fans). Y a quoi franchement du bouquin? Juste un mec seul dans une ville remplie de zombies?

Moi, en écrivant cet article

Moi, en écrivant cet article

Le film se serait appelé autrement je pense que j’aurais trouvé ça pas trop mal, même si le « je vais sauver le monde » est horripilant. Mais on ne peut pas parler d’adaptation. C’est exactement comme si vous vous attendiez à recevoir une chemise bleue que vous aimez beaucoup, et que vous receviez la même chemise mais en rouge. Même si la chemise rouge n’est pas moche, vous êtes déçu car vous vous attendiez à avoir la bleue (c’est un peu pourri comme comparaison, j’en suis conscient ! Néanmoins, c’est ce que j’ai vécu).

Dans le cas des deux œuvres présentées ci-dessus, pourquoi parler d’adaptation, ou de « tiré du livre de » alors que seul le background du film est respecté? Franchement, pourquoi payer les droits d’un livre pour en tirer si peu de choses? Ça ne vaut pas moins cher de payer un avocat pour un éventuel procès, et quelques indemnités? Un argument serait de penser que c’est pour faire venir du monde en salle, mais franchement quand t’as Brad Pitt ou Will Smith à l’affiche, c’est pas avec un bouquin qu’une poignée de geekos aura lu que tu vas remplir des salles… Et je dirai même que c’est grâce à ce genre d’acteurs à l’affiche, qu’un réalisateur pourrait se permettre de coller à l’ouvrage original, car tu peux prendre plus de risques. Ça aurait pu également faire l’objet d’une mini-série. Bref, il y avait la place de respecter l’auteur et son oeuvre.

Pourquoi finalement je râle?

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La saison 4 de Game of Thrones adaptée : Les Lannister

Je râle parce que d’une part, je me sens trahi. Je l’ai expliqué tout à l’heure, les deux « œuvres » n’ont rien à voir avec leurs homologues littéraires. Si on prend un film comme Dune, l’histoire colle au bouquin, même s’il y a eu une bonne coupe franche dans le scénar. Dans le cas présent, c’est quasiment deux choses différentes. Imaginez un peu qu’on adapte le Seigneur des anneaux en conte de fée. « Le gentil Gandalf et les 7 petits hobbits doivent ramener à leur maman un anneau qui rend amoureux. Sur leur chemin, ils vont rencontrer des gentils arbres qui vont les aider, mais aussi des vilains orcs« . Sérieux, ça sera ptet bien pour des gamins de 3 ans, mais en quoi c’est une adaptation! Imaginez aussi Game of Thrones avec juste la famille Groseille qui se bat pour le pouvoir contre les Le Quesnoy. Le seul point commun entre le livre et le film sera la consanguinité d’une des familles…

L’autre chose qui me chagrine, et peut être plus que le point précédent, c’est que ça a complètement éclipsé les œuvres originales. Les gens ayant aimé le film n’iront sûrement pas le lire pensant que c’est la même chose. Parallèlement, je doute que ceux qui n’ont pas aimé le film se ruent sur le bouquin pour confirmer leur point de vue, sauf conseil d’un de leurs amis. Par exemple, le feriez-vous? Non? Je comprends. Moi, c’est pareil, ça ne me viendrait pas à l’idée de lire l’oeuvre originale d’un film d’Ontoniente…

Pleins de gens vont donc passer à coté de ces deux titres pourtant excellents. Pour Je suis une légende, je ne vous parle pas d’un petit livre de chevet qu’on lit l’été comme on lirait Closer. Je parle véritablement d’un chef d’oeuvre de SF. Chef d’oeuvre car écrit en 1954 et précurseur de tous les titres actuels de zombies. On y retrouve tous les codes des épidémies Z des Dead Island, Left for Dead 2, 28 jours plus tard, etc. Pour les sceptiques et pisse-froid, il figure dans la collection SF Masterworks, qui réunit tous les plus grands titres de SF : http://en.wikipedia.org/wiki/SF_Masterworks. N’hésitez pas à y jeter un coup d’oeil, car peu de livres de cette liste m’ont déçu (et d’ailleurs, je ne les ai pas tous lus).

Je classerai World War Z un peu en dessous, donc pas au rang de chef d’oeuvre, mais il reste tout de même génial rien que pour sa narration et son aspect géopolitique. On y croit, car tout ce que nous narrent ces survivants nous paraît plausible.

Hélas, cet article ne sera pas le seul sur le sujet, car je sais très bien que ces deux exemples ne seront pas les derniers et ça me rend triste. Car quelque soit la qualité du rendu, nous ne verrons pas à l’écran ce que nous avons imaginé pendant toute la durée du livre, et durant laquelle on a pris beaucoup de plaisir. Impossible de partager à ses proches non lecteurs notre enthousiasme. Mais ne vous inquiétez pas, quand le même phénomène se reproduira, je serai là pour vous emmerder à nouveau !

World-War-Z-Concept-Art

On finit avec un joli Artwork

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A propos de l'auteur

Fondateur du blog Fan de Jeux-vidéo, SF, Manga, comics, et milite contre les folles rumeurs d’une homosexualité de Batman.

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